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Ch’Lanchron 145 : « Jean-Chouo »
une BD en picard pour le chevalier de La Barre



Ch’Lanchron 145
Parution : 1er juillet 2016
Prix de vente : 6,00 €
+ frais de port éventuels
(France 1,80 € / Étranger : 2,00 €)


Directeur de publication :
Jacques Dulphy
Rédacteur en chef :
Jean-Luc Vigneux

Le contenu de Ch’Lanchron 145

• « Jean-Chouo » (dessin de couverture)
• Tchèche chés gins din « Jean-Chouo » ? (présentation des personnages)
• « Jean-Chouo » (bande dessinée en 12 planches et 99 vignettes)
• Chés dotchumints (bibliographie et documentation)
• Din chés archives (article)
• Édvant d’écmincher (éditorial)


La BD « Jean-Chouo » a été conçue et écrite en picard.
Une traduction des dialogues en français est disponible sur cette page.


Chaque trimestre Jean-Bernard Roussel offre une page de BD à Ch’Lanchron


 
En 2002, un numéro spécial de 44 pages a été réservé aux BD de Jibé

La vie du chevalier de La Barre scénarisée en BD
Annoncée depuis quelques mois, voici que parait en ce premier juillet 2016 « Jean-Chouo », la bande dessinée créée par Jean-Bernard Roussel autour de la vie du chevalier de La Barre.
Le projet a muri au printemps de l’année dernière. Après les attentats de janvier 2015, les auteurs, les écrivains, les journalistes, comme toute la société, se sont interrogés. Pour sa part, Jean-Bernard Roussel est retourné vers un des symboles de la liberté de penser : François Jean Lefebvre, chevalier de la Barre (1745-1766). L’idée d’élaborer une BD autour de la vie et de la mort de ce jeune homme a pris corps. La langue picarde pour exister, le dessin pour affirmer : la bande dessinée en picard comme expression de la résilience.

Si le procès de La Barre est assez connu du grand public, la vie du jeune chevalier reste méconnue. Son enfance à Férolles en Brie, les circonstances de son arrivée à Abbeville, le contexte local, les relations entre la bourgeoisie, le clergé, et le pouvoir établi dans une province imprégnée de religiosité : ce sont tous ces éléments qui ont été recherchés par l’auteur, et traduits en dessins. Le scénario s’est construit avec force documentation et soucis de détails vestimentaire ou architectural.

Le dialogue entre Jean-Chouo et Gadrouille
Point de départ de l’histoire, l’actuel monument La Barre à Abbeville est le lieu de rencontre entre Gadrouille (la mascotte de Ch’Lanchron) et un jeune homme habillé à la mode du XVIIIème siècle. Gadrouille interroge le curieux passant… qui n’est autre que François Jean Lefebvre, alias « Jean-Chouo » en picard. Ce dernier entreprend de lui raconter sa vie. Une promenade au cœur du siècle de Louis XV s’engage. Tout est véridique dans ces 99 vignettes sur 12 pages de planches. Les noms des personnages, les lieux et dates, tout a été vérifié par le menu. La procession du Saint-Sacrement qui vaudra à La Barre d’être accusé de ne pas s’être décoiffé, le christ mutilé -ou simplement abimé- sur le Pont Neuf, le procès dans la grand salle du parlement de Paris… tout y est. Jusqu’au supplice de la question ordinaire et extraordinaire, et la mise à mort finale.

250 ans après et en langue picarde
Les dialogues sont en picard (une traduction en français est proposée ci-dessous). Certes tous les acteurs de l’époque ne le parlaient probablement pas. Il ne s’agit là que d’une langue de narration. L’événement de 1766, s’est déroulé en Picardie. L’eau de la Somme a coulé pendant 250 ans sous les ponts d’Abbeville. Aujourd’hui la langue du pays rend son hommage à celui qui fut victime en terre picarde, de l’intolérance religieuse.
En en gardant son trait clair et élégant, précis jusqu’à tendre vers la naïveté, Jean-Bernard Roussel nous raconte cette triste page d’histoire avec talent et émotion.

Texte français des dialogues de la BD picarde : « Jean-Chouo »

Planche n°1
- Eh bien dis-donc, dix-neuf ans… il est mort drôlement jeune…
- Ça, tu l’as dit !
- Qui êtes-vous ?
- Je suis François-Jean Lefèvre, chevalier de La Barre. Tu peux m’appeler Tchot Choè ou bien Jean Chouo, comme tu le chantes parfois. Ce monument-là a été fait pour moi. En réalité j’avais vingt ans quand on m’a décapité.

- Moi je te connais bien, Gadrouille. Depuis le temps que j’erre dans Abbeville. Ça fait maintenant deux cent cinquante ans…
- Tu veux que je te raconte mon histoire ?

- Ça se passait au temps du roi Louis XV…
- Celui qu’on appelait le Bien Aimé ?
- Oui. Sauf qu’il n’était plus tant aimé que ça. Lui, ce qu’il préférait par dessus tout, c’était aller à la chasse ou bien courir après les femmes pendant que son peuple mourait de faim.

- Je suis né le 12 septembre 1745, au château de Férolles, quelque part dans les environs de Brie-Comte-Robert…
- Un château ! Vous étiez riches alors ?
- Tu parles ! Mes ancêtres l’étaient, mais mon pére Alexandre a tout croqué pour payer les dettes de la famille de ma mère. Nous avons fini dans la misère.

- Claude-Charlotte, ma mère, est décédée quand j’avais neuf ans. Mon père était si triste qu’il n’a même pas eu la force d’aller à la messe d’enterrement

- Sept ans plus tard, c’était le tour de mon père. J’avais seize ans et je me retrouvais tout seul avec mon frère Jacques, qui en avait vingt. Nos autres frères et sœur étaient tous morts en bas âge.

Planche n°2
- Qu’est-ce que vous avez fait, alors ?
- Nous avons pris nos bagages et nous sommes partis pour Abbeville, chez une cousine de mon père, Anne-Marguerite Feydeau, qui était l’abbesse de l’abbaye de Willancourt. C’était la première fois que nous partions si loin de chez nous

- En ce temps-là, Abbeville était une ville de dix-sept mille habitants, bien plus grande que notre petit village, et avec beaucoup de monde dans les rues.

- Le jardinier de l’abbaye nous attendait au relais de poste.
- Vous êtes les frères La Barre ?

- Nous avons traversé tout Abbeville jusqu’à l’abbaye de Willancourt, qui était située chaussée Marcadé. Les gens nous regardaient de travers…

- Mais c’était chez Paillart, l’imprimeur !
- Oui, c’était là.

- Notre cousine, Anne-Marguerite, une belle femme de quarante ans, nous a accueillis.
- Bienvenue à Willancourt, mes cousins. Avez-vous fait bon voyage ?

- Nous nous sommes installés dans une dépendance du couvent.
- Bien l’bonjour, mes beaux seigneurs. Je suis Beauvarlet, votre voisin.

Planche n°3
Notre cousine s’est bien occupée de nous. Il faut dire qu’en dehors de ce que nous avions appris avec notre curé, nous ne savions pas grand chose.
Nous avons suivi des cours de musique, d’escrime, de littérature… tout ce qu’il fallait pour faire bonne figure dans le grand monde.

- Moi, je voulais être mousquetaire du roi, comme mon frère.

- À l’abbaye on donnait souvent de beaux soupers. Nous avons été présentés à tous les nobles d’Abbeville.

- Gaillard de Boencourt et son fils Bertrand…

- Douville de Maillefeu, ancien maire d’Abbeville, et son fils…

- Charles-Joseph Dumaisniel, seigneur de Belleval, et son fils Pierre-François de Saveuse, avec son petit cousin Charles Moisnel, qu’il a recueilli alors qu’il était encore enfant.

- Le père Belleval était amoureux de ma cousine mais elle, ça ne l’intéressait pas.

- Un jour je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire ses quatre vérités.
- Monsieur, je vous demande réparation de la lettre que vous avez écrite à ma cousine !

Planche n°4
- Il n’a rien répondu et a fait demi-tour, mais ce jour-là j’aurais mieux fait de me taire : Belleval était furieux après moi.

- Avec mes copains Gaillard, Maillefeu, Belleval (le fils) et le petit Moisnel, nous formions une sacrée équipe ! Quelle bande de loustics nous étions !

- Une nuit, nous avons lancé un caillou dans les fenêtres de Duval de Soicourt, le maire d’Abbeville, tout ça parce qu’il voulait marier son fils à Marguerite Berquin, une riche orpheline dont il gérait les affaires.

- Duval était aussi l’assesseur criminel d’Abbeville. Sur le moment il n’a rien dit mais il n’a pas classé l’affaire, ça lui est resté en travers de la gorge…

- Comment se fait-il que son fils ne pouvait pas se marier avec Marguerite ?
- Ce n’était pas possible, étant donné que la fille appartenait à la noblesse, mais pas le fils Duval. À cette époque on ne mélangeait pas les chemises et les chaussettes. Chacun devait rester à sa place.
- Quand on avait bu un petit coup, on aimait bien chanter dans les rues. Les gens ne disaient rien parce que nous étions nobles, mais ils nous regardaient par en dessous : il ne fallait pas trop se moquer du bon Dieu et des curés.
- Le curé de Saint-Riquier…

- Tiens, regarde un peu ce qu’il y a d’écrit tout en haut de cette maison ?
- « Rends le bien pour le mal, car Dieu te le commande »…
- Tu vois, nous étions bien surveillés !

Planche n°5
- Il y avait des croix et des statues à tous les coins de rue. Là, au Pont à Brouettes, voici la croix des valets : ils venaient ici pour chercher du travail.

- Et puis il y avait aussi des processions pour un oui pour un non. C’était la grande affaire de Monseigneur de La Motte, l’évêque d’Amiens. Il voulait remettre un peu d’ordre dans tout ça, car les processions se terminaient souvent dans les tavernes.

- Le 6 juin 1765, place Saint-Pierre…

- Nous sommes passés en courant devant la procession de la Fête-Dieu…

- Comme on nous attendait à l’abbaye pour manger et que nous étions en retard, nous avions traversé sans enlever notre chapeau ni faire une génuflexion.

- Nous autres, toutes leurs histoires de curés, ça ne nous intéressait pas. Nous préférions aller chez Devérité, le libraire. Nous y avions rencontré un certain Linguet, qui voulait être avocat.

- Et puis il y a eu ce sacré jour du mois d’août…

- Que s’est-il passé ?

Planche n°6
- C’était le neuf au matin. Il avait plu toute la nuit. Marie-Madeleine Leullier, en route pour la messe de Notre-Dame, avait bien fait attention de faire le signe de croix en passant devant le Christ du Pont Neuf.

- Bé…

- Malheur, le Christ a été esquinté à coups de couteau !

- Qui avait fait ça ?
- On ne l’a jamais su. Toujours est-il que ça a fait un barouf du diable !

- Sacrilège ! Le bon Dieu va nous punir ! Vengeance ! Il faut retrouver celui qui a fait ça !

- L’affaire est arrivée aux oreilles de Monseigneur de La Motte, l’évêque.

- Il a fait ce que nous appelions un « monitoire » : les prêtres devaient demander à leurs paroissiens de donner tout renseignement permettant de retrouver celui qui avait détérioré le Christ.

- Pour nous, aujourd’hui, c’est de la délation !

Planche n°7
- Celui qui ne dénoncera pas le coupable sera excommunié et rôtira en Enfer !

- Le monitoire n’était pas encore affiché sur les murs que les langues allaient déjà bon train ! On est venu tout raconter à Duval, l’assesseur criminel, qui siégeait à l’hôtel de Gruthuse. Belleval se rengorgeait, sans se douter que Duval en avait aussi après son fils.

Le 13 août…
- Je me présente : Étienne Naturé, maître d’armes. J’ai entendu La Barre, Gaillard et Moisnel se vanter qu’ils n’avaient pas enlevé leur chapeau en passant devant la procession de la Fête-Dieu.

- Je suis Beauvarlet, marchand. Je loge à l’abbaye. C’est là que le dénommé La Barre a voulu m’acheter un Christ pour ensuite le casser en morceaux.

- On m’a accusé de tout ! D’avoir profané une hostie, d’avoir souillé une croix au cimetière Sainte-Catherine, d’avoir proféré des jurons, chanté des chansons à boire, lu des ouvrages interdits… C’était un véritable inventaire !

- Nous avons été interrogés par Duval, mais il ne pouvait pas nous accuser d’avoir esquinté le Christ : personne n’avait rien vu.

- Une grande procession a été annoncée : le 8 septembre, au Pont Neuf, grande procession.

- Toutes les cloches de Saint-Wulfran et des quartorze paroisses d’Abbeville sonnaient à l’unisson… Dong, dong, dong, dong, dong…

- Toute la population était là avec Monseigneur de La Motte. Les gens demandaient pardon au bon Dieu pour qu’ils ne se vengent pas sur leurs familles.

- Après la procession, le Christ détérioré a été emmené à Saint-Wulfran sur un brancard.

Planche n°8
- Encouragé par l’évêque, Duval a repris ses interrogatoires. Ça devenait plus sérieux.

- Le 26 septembre, ma cousine m’a envoyé me cacher à l’abbaye de Longvilliers, entre Montreuil et Boulogne, en attendant que les choses se tassent un peu.

- Mais le 1er octobre, pendant que je mangeais au réfectoire…
- Merlan, prévôt de Boulogne. Vous êtes en état d’arrestation !

- Duval ne m’avait pas oublié. Merlan m’a ramené à Abbeville avec les gendarmes et je me suis retrouvé en prison au château Ponthieu.

- En prison ? Pour une histoire de procession !

- Le 3 octobre, c’était le tour de Moisnel. Il était allé se cacher à Crécy.

- Ils étaient aussi allés chercher Gaillard à son château d’Etalondes, mais il avait pu s’échapper et monter dans un bateau.

- Le 4 octobre, un nouveau Christ tout beau tout neuf a été installé à la place de l’autre sur le Pont Neuf.

- Duval a recommencé à nous interroger, moi et Moisnel, pendant que Marcotte, le greffier, écrivait.
- Avez-vous dit « sacré nom de Dieu » ?
- Etes-vous passé devant une procession sans enlever votre chapeau ?
- Avez-vous lu des livres interdits ?
- …

- Moisnel, qui était plus jeune que moi, n’a pas résisté longtemps à ce traitement. Il a avoué tout ce que Duval voulait lui faire dire. Il m’a dénoncé avec Gaillard, Maillefeu et Belleval.

Planche n°9
- Pendant ce temps-là, ma cousine se démenait pour me défendre. Elle avait commandé un mémoire à Linguet, l’avocat, et avait écrit au président d’Ormesson, auquel elle était apparentée.

- De leur côté, Duval et Hecquet, le procureur du roi à Abbeville, menaient leurs interrogatoires tambour battant et envoyaient leurs rapports à Joly de Fleury, le procureur du parlement de Paris.

- Les postes avaient du travail !

Le 10 octobre, Duval a ordonné une perquisition à l’abbaye de Willancourt pour chercher mes livres.

- Ensuite je te passe tous les détails. Duval et Hecquet avaient trouvé ce qu’ils cherchaient. Mon affaire devenait politique, étant donné que le roi et d’autres personnes voulaient se débarrasser de Voltaire et de tous les philosophes. D’après eux ils répandaient de mauvaises pensées dans la tête des gens.

- Le 29 et le 30 octobre, il y a eu une « prise de corps » à l’encontre de Belleval et Maillefeu, mais leurs familles avaient eu le temps de les mettre à l’abri.

- Ce n’était pas important pour Duval, étant donné qu’à présent il avait tout ce qu’il lui fallait pour m’accuser. C’était un sacré renard. Il m’avait entortillé dans ses filets comme une araignée dans sa toile sans que je m’en rende compte.

- Le 18 novembre, Duval a fait « le recollement » des témoins. Pratiquement tout le monde s’était rétracté, y compris Moisnel, mais Joly de Fleury et le parlement avaient déjà signé mon arrêt de mort. Malheureusement pour moi, Louis XV voulait faire un exemple pour se racheter une conduite et redorer son blason par rapport à Dieu, tout en se réconciliant avec son peuple.

Planche n°10
- Le 27 février, nous avons été emmenés à l’Hôtel de Gruthuse pour notre dernier interrogatoire et le jugement. Au tribunal se tenaient Duval, Lefèvre de Villers (un vieux juge), et Broutelle, qui était autrefois marchand de cochons. Le procureur Hecquet était là également. Ils m’ont fait asseoir sur la sellette, qui n’était pas très confortable. Ensuite ils ont rendu leur jugement.

- François Jean Lefèvre, chevalier de La Barre, vous êtes accusé de blasphème, condamné à avoir la tête tranchée et être jeté dans le feu, pour ne pas avoir enlevé votre chapeau devant la procession de la Fête-Dieu. Avant le supplice, vous passerez à la question ordinaire et extraordinaire…
- Nous ordonnons également que le Dictionnaire philosophique du dénommé Voltaire soit brûlé dans le même feu que le corps du dénommé La Barre…

- Moisnel, au regard de son jeune âge, n’avait pas eu grand chose. Gaillard a été condamné à mort « par contumace ». Pour être sûr que nous soyons exécutés, Duval était allé dénicher dans ses archives une ordonnance de 1682 selon laquelle un blasphème avait été puni de mort. Il avait réussi son coup.

- Comme nous avions fait appel du jugement, le 13 mars nous avons été emmenés de nuit à Paris, à la prison de la Conciergerie.

- Nous y sommes restés enfermés jusqu’au 4 juin…
C’était le jour du procès qui se tenait dans la grande salle du parlement de Paris. Il y faisait très chaud. Notre affaire a été vite expédiée. J’étais déclaré coupable par quinze voix contre dix. Le jugement d’Abbeville était confirmé. Moisnel, de son côté, avait sauvé sa tête.
- Affaire numéro vingt-trois.

Planche n°11
- Le 10 juin, nous sommes revenus à Abbeville en passant par Dieppe.

- Ma cousine et Monseigneur de La Motte, qui regrettait, faisaient ce qu’ils pouvaient pour obtenir ma grâce auprès du roi.

- De son côté Duval poussait Joly de Fleury à accélérer le mouvement, de peur que Louis XV ne change d’idée . Il était allé faire rechercher le livre de Voltaire à Paris : il avait été oublié au parlement.


- Le 1er juillet à l’aube, on m’a amené à la chambre de tortures pour que j’y subisse la question. Ça recommençait…
- Avez-vous profané une hostie ?
- Avez-vous gardé votre chapeau devant une procession ?

- Ça devait faire très mal…
- Ça oui, mais Duval n’a rien obtenu de plus. Au troisième coin, Gatte, le médecin, les a fait arrêter pour que je sois encore debout au moment du supplice.

- Ensuite j’ai pris mon dernier repas avec le père Bosquier.
- Mangez, mon père, il faut prendre des forces pour tout à l’heure. Nous allons en avoir besoin !

- Hecquet et Duval avaient un peu retardé l’heure de l’exécution pour attendre la grâce du roi. Mais comme elle n’est jamais arrivée, à cinq heures du soir ils sont venus me chercher.

- Mettez-lui cet écriteau : impie, blasphémateur, sacrilège exécrable et abominable.

- Le cortège s’est mis en route…

- Après des tours et des détours dans Abbeville, nous nous sommes arrêtés devant Saint-Wulfran pour que je demande pardon à Dieu.

Planche n°12
- Puis nous sommes arrivés place du Marché. Il y avait un monde fou.
Dong, dong, dong, dong…

- Samson, le bourreau, m’a montré l’image du supplice que mon copain Gaillard aurait dû subir.

- C’était le même bourreau qui, vingt-six ans plus tard, couperait la tête de Louis XVI. Pour l’instant il était encore en apprentissage : quelques semaines avant il devait décapiter Lally-Tollendal, mais son père avait dû terminer le travail…

- Pourvu que cette fois son épée soit bien aiguisée…

- Le moment était arrivé. Une chance pour moi, Samson a bien mené son affaire.

- Bravo ! Hourra !

- Ils ont mis ma tête, mon corps et le livre de Voltaire sur un grand tas de bois, et ils y ont mis le feu.

- Le lendemain, les cendres ont été dispersées. A présent, tout ce qui reste de moi, c’est ce monument, une statue à Paris et quelques noms de rue. Voilà mon histoire.

- Eh bien moi, Jean Chouo, je ne t’oublierai pas.

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