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La fable en picard…
d’Ésope à Gaston Vasseur,
de La Fontaine à Jacques Dulphy


Un panorama de la fable en picard

Avant-propos
La Fontaine et la Picardie
Les autres fabulistes et le picard
L’étude de la fable en picard
Un essai de définition de la fable
Une chronologie de la fable
1.Ésope
2.Phèdre
3. Les fabliaux
4. Jean de La Fontaine
5. Fénelon
6. Florian
7. Sources personnelles d’inspiration
23 auteurs de fables en Ponthieu et en Vimeu
Bibliographie sommaire



Les fables en picard

Études à caratère général

Anthologies

Livres

Enregistrements



Cette page est basée sur le texte de la communication
donnée à la Société d’Émulation d’Abbeville le 1er octobre 2008 par Jean-Luc Vigneux

Extrait du bulletin de la Société d’Émulation historique et littéraire d’Abbeville Tome XXX, fascicule 4 (2010)

Avant-propos

Je réponds avec plaisir à l’aimable invitation de la Société d’Émulation d’Abbeville, à présenter une communication sur la fable en picard dans le Vimeu et le Ponthieu. Ce propos m’offrira l’opportunité de rendre hommage à mes deux prédécesseurs au fauteuil de titulaire que j’occupe depuis près de vingt ans, à savoir Gaston Vasseur, illustre président de notre société, et Armel Depoilly, son successeur. Ce dernier vient lui-même d’être honoré dans sa commune natale, Dargnies, vingt ans après sa disparition. C’est en effet ce samedi 20 septembre 2008 qu’a été inaugurée la « Rue Armel-Depoilly » dans le village de notre confrère picardisant.

La Fontaine et la Picardie

Mon propos intervient après une série de lectures-découvertes publiques que j’ai données à l’initiative du département « Langue et culture de Picardie » de l’Office culturel de Picardie (puis de l’Agence pour le picard) depuis 2006. Il avait semblé assez naturel aux organisateurs de débuter ce cycle à Château-Thierry, patrie de Jean de La Fontaine. Cet écrivain est effectivement indissociable du genre littéraire de la fable.

Il convient ici de mentionner que La Fontaine n’a écrit que quelques mots de picard dans l’ensemble de son œuvre. Le recteur Robert Mallet aimait à rappeler ces deux vers qui concluent la fable « Le loup, la mère et l’enfant » (L. I, 16) :
Biaux chires leups, n’écoutez mie
Mère tenchent chen fieux qui crie.
Notons que cette douzaine de mots ne résiste guère à une analyse sémantique et linguistique. En l’occurrence, le vocabulaire utilisé ici, entaché d’hyper-picardismes, ne semble pas avoir été celui de la langue maternelle du versificateur (Château-Thierry est en Brie, et ne doit d’être désormais situé en Picardie qu’à la faveur de la création des régions administratives en 1962).
Il n’en demeure pas moins que La Fontaine a très souvent influencé les fabulistes régionaux. Il semble même qu’il en soit le seul inspirateur quand il s’agit d’adaptations en langues régionales. Sans avoir procédé à des recherches exhaustives sur ce thème, en dehors de la Picardie linguistique, les fables éditées que j’ai rencontrées, sont, ou bien des créations propres à l’auteur, ou le plus souvent issues du répertoire de La Fontaine. Il ne semble y avoir de traductions d’autres auteurs qu’en langue picarde.

Les autres fabulistes et le picard

En traversant le domaine linguistique picard, nous rencontrons des textes directement issus d’auteurs antiques (Ésope ou Phèdre), ou venus des siècles classiques (Fénelon, Galland, Florian), et nous trouvons encore en chemin Rabelais, voire Confucius. Citons pour illustrer les adaptations de Fénelon par François Danel (à Calais), de Rabelais par Gaston Bourdon (à Amiens), ou de Florian par Jules Watteeuw (à Roubaix) ou par le linguiste Edmond Edmont (à Saint-Pol-sur-Ternoise). Cependant, quand un auteur picard a été édité, que ce soit dans un livre ou dans un enregistrement sonore ou vidéo, il s’agit très souvent de reprises d’œuvres de La Fontaine. Bien que le propos soit ici centré sur l’arrondissement d’Abbeville, nous retrouverons des compositions de tous ces auteurs transposées en picard du Ponthieu ou du Vimeu, à côté de créations originales. De sorte que cette conférence aurait pu s’intituler « La fable en picard, de Gaston Vasseur à Jacques Dulphy », Gaston Vasseur n’ayant produit que des fables traduites de La Fontaine, Jacques Dulphy n’ayant pour sa part écrit que des fables d’inspiration personnelle.

L’étude de la fable en picard

Pour aborder l’étude des fables en picard, je me suis appuyé dans un premier temps sur l’ouvrage publié par René Debrie : « La fable dans la littérature picarde ». Le chercheur avait alors recensé une cinquantaine d’auteurs, dont une poignée d’anonymes (depuis, j’ai pu en identifier un certain nombre, notamment dans la région de Mons en Borinage, Belgique).
Depuis trois ans, j’ai aussi complété cette liste pour arriver à plus de cent auteurs répartis en Picardie, Artois, Hainaut et autres pays de langue picarde, pour la période contemporaine (c’est-à-dire depuis 1880 environ). Et l’arrondissement d’Abbeville ne compte pas moins de vingt-trois fabulistes picardisants, soit près du quart du dénombrement total.

Un essai de définition de la fable

La fable est un genre littéraire écrit en vers ou en prose. C’est une narration, le plus souvent une fiction, un récit imaginaire, destiné à illustrer une morale, un aphorisme, une maxime. Ce récit est allégorique et comporte généralement un enseignement ; on parle d’« apologue ». La démonstration est séparée du récit, soit placée en introduction (cf. I, 10), soit en chute finale du texte (cf. « Le corbeau et le renard » L. I, 34). La fable met en scène des animaux, parfois des êtres humains, ou encore des êtres inanimés, des végétaux, des minéraux… ce qui permet d’universaliser la leçon. La situation est habituellement présentée comme un événement naturel. Néanmoins, la fable est distincte du proverbe ou de la parabole, leur lien littéraire est historique.

Une chronologie de la fable

Je vous propose de suivre une chronologie de la fable, depuis l’Antiquité, illustrée de lectures de textes picards modernes.
Il faut noter que la filiation d’un auteur envers ses pères est largement revendiquée entre fabulistes. La Fontaine ne manque pas de se référer à Phèdre, par exemple, qui lui-même se référait à Ésope. Il n’est donc pas surprenant que les auteurs aient, à toute époque, repris des fables ou des apologues, pour les adapter à leur temps. Il est même curieux d’observer qu’une maxime est interprétée de manières variables selon les époques. La morale initiale permet assez souvent une double lecture, et selon que l’on est corbeau ou renard, on envisage en victime ou en coupable la leçon à tirer de la fable. Nous verrons que les auteurs picardisants ont joué parfois à plaisir de ce double sens autorisé par le genre de la fable.

1. Ésope

Ésope (Ve siècle avant J. C.) laisse six cents fables toutes composées en prose. J’ai personnellement transposé en picard quelques dizaines de ses textes brefs, d’après la traduction française réalisée par Claude Terreaux (éditions Arléa, 1997).

Éch pétcheu pi ch’pércot

Ch’est un pétcheu qu’il avoait chtè sin filet d’péque à l’ieu. Quante i ll’érmonte, i n’y avoait wére qu’un méchant pércot d’prins din chés mailles.
Ch’étoait un tchot pichon… a foait qu’éch bétail il o nmandè à ch’pétcheu d’én point l’tcheuiller lo tout d’suite. I voloait miu qu’i ll’érlache vu qu’i n’étoait coér qu’un tchot bout d’tchu. « Éj m’in vos grandir, pi j’varai un gros pichon. Lo, ché sro l’boin momint pour ém prinde. Ché sro tout bénéfice pour ti ! »
No pétcheu i i o rintintchè : « Éj sroais vraimint point malin d’grouler dvant m’prouvéne innhui, aussi frudjale qu’al fuche… pi j’sroais un rude nigdouille éd compter su éne boéne péque à vnir, aussi grosse qu’al sroait ! »
Veut miu un tchot avoér qu’un grand éspoér.


Jean-Luc VIGNEUX (2006)


2. Phèdre

Phèdre (-15 avant J. C., 70 après J. C.) a produit cent trente-cinq fables (dont quarante-sept d’après Ésope). La versification apparaît avec cet auteur.
Il a été traduit en picard du Vimeu par Gilbert Mercher (1888-1975), natif de Francières. La relecture de Phèdre par Gilbert Mercher a été publiée en 1974 sous forme de chroniques dans l’hebdomadaire L’Éclaireur du Vimeu (édité à Gamaches), sous le titre générique « Chés fabes éd Phèdre traduites en langue picarde ». Cette série valut a son auteur de recevoir le Prix Édouard David 1974 remis par l’association amiénoise Éklitra.

Stultorum honor inglorius
Vulpes ad pesonam tragicam
(Les honneurs tournent à la honte des sots) (L. I, 8)

Un rnèrd l’o vu, pèr hasèrd, un masque éd théate
« Qué belle téte ! qu’i dit, mais a n’o point d’chérvelle… »
Lo i s’adréche à chétlos qu’la Forteune al o comblè d’honneur et pi d’gloére
mais qu’i sont privès du sin commun !…


Gilbert MERCHER (1974)


3. Les fabliaux

L’époque médiévale est celle des fabliaux. Le mot « fabliau » est picard. L’ancien français disait « fablel ». Le fabliau des XIIe et XIIIe siècles n’est pas une fable. C’est un récit bref, destiné à faire rire. On le distingue du conte, des dits, et il se place en opposition au roman courtois. L’intention est parodique ou satirique. Par exemple, l’amour y est traité sur le ton ironique, voire obscène. Il s’agit généralement d’une action de duperie.
En 1903, Alcius Ledieu (alors conservateur de la bibliothèque et des musées d’Abbeville), a donné une conférence qui a été publiée par les Rosati picards. Il y commente entre autres le fabliau de « Brunain la vache au prêtre ». Il précise : « les fabliaux mis en vers dès le milieu du XIIe siècle existaient antérieurement sous forme parlée (…). Il se dégage un fait curieux à noter : c’est la pérennité des contes oraux. Ainsi, la facétie de Brunain, que j’ai entendue raconter par un paysan illettré, avait été versifiée au Moyen Âge par un trouvère (…) ».
Le prétexte de l’écriture du fabliau peut aussi être un jeu de mots pris au pied de la lettre.
Il existe cependant quelques textes édifiants qui comportent une morale. Gaston Vasseur (1904-1971) a laissé six traductions de fabliaux, dans son picard de Nibas. Ces textes ont été insérés dans le bulletin n° 40 de la Société de Linguistique picarde (Amiens) en 1971, ou ensuite dans Ch’Lanchron.

4. Jean de La Fontaine

Nous en arrivons aux siècles classiques. Nous l’avons dit, l’auteur qui marque le genre littéraire n’est autre que Jean de La Fontaine (1621-1695). Son œuvre a inspiré pratiquement tous ses successeurs. Parmi les Picardisants, Gaston Vasseur s’est appliqué à traduire au plus près des contraintes stylistiques originales six des plus célèbres fables. Pour l’édition, préfacée par Robert Mallet, chaque texte a été accompagné d’une gravure due à l’Abbevillois Jean Sgard. Ce sont cent vingt-cinq exemplaires numérotés, imprimés sur papier de Rives qui ont été publiés en 1955 (chez Lafosse, à Abbeville). Ces six fables ont ensuite été rééditées dans le bulletin de janvier 2001 de la Société de Linguistique picarde.

Chu leu pi ch’piot égneu (L. I, 10)

Aveuc pu fort éq ti, tu n’peux jamoais qu’ét taire ;
Feut qu’il euche raison, t’as bieu foaire.

Un jour, un égneu essoélè
Lapouot un coup à cho’f fontainne.
Un leu qu’i quérvouot d’faim, ruminant quique férdainne,
In passant pèr lo, s’arréte, aglavè.
« Feut ti qu’t’euches du toupet, quante tu sais qu’éj vas boére,
Éd patrouilleu din cho’r riviére,
Qu’i li crie ch’mawais djeux. Tu traches à t’foaire drécheu ?
- Mais non, j’vos in supplie, n’alleu poé vo facheu ;
Si o voleu rbéyeu lo qu’éj viens d’boére eune goutte,
O poreu vir, o y a poé d’doute,
Aussi bien qu’mi, tout aussitot,
Qu’ichi chu rio
Il est gramint pu bos, qu’lo qu’oz éte su cho’b butte.
… Éj n’ai mie rien foait d’mal, tout à l’heure in buvant ;
Cho’i ieu a n’coule point in rmontant…
- Tu m’as tout gadrouillè, qu’i li crie cho’g granne brute !
Pi, d’abord, t’as dit d’mi, j’l’ai seu l’hivér passè.
- A n’est mie Diu possibe, piqu’éj n’étouos poé nè,
Qu’i rdit chl’égneu ; tél qu’o m’voéyeu j’chuche coér.
- Si ch’est poé ti, ché sra tin frére…
- Éj sut tout seu…
- Alors, ch’est un d’tes gins,
Pasqué t’clique a n’est poé tchére,
O n’sonme mie prés d’éte cousins !…
J’sut rinsignè. Tout s’poaie, un jour ou l’eute. »

In disant o, su chl’inocint,
Conme un furibond, ch’leu i seute
Et pi ll’étranne d’un boin coup d’dint.

Gaston VASSEUR (1955)


Armel Depoilly a aussi revu La Fontaine à la mode vimeusienne.
Dans les années 1980, on a pu lire trois traductions de fables qui ont été insérées dans sa chronique « Min mot d’billet » publiée dans la presse hebdomadaire de Gamaches (L’Éclaireur du Vimeu et Bresle et Vimeuse). Le 23 juillet 1983 paraissait « Éch reut d’él ville et pi ch’reut d’chés camps » dédié à la mémoire de Gaston Vasseur.

Éch reut d’él ville et pi ch’reut d’chés camps (L. I, 4)

Din l’viu temps, éch reut d’él ville
L’a invitè ch’reut d’chés camps.
Éch reut d’chés camps i " jubile "
Éd mingeu des ortolans !

Su un bieu tapis d’Turtchie
Chés assiettes o zz’awouot mis…
J’vo laiche à pinseu qué vie
Qu’il ont foait chés deux amis.

Chu rpeus l’o tè fin convnabe,
Rien n’mantchouot pour bien mingeu.
Mais va qu’o vient déringeu
Chés reuts qu’il étoai’t à tabe.

Pasqu’à cho’p porte éd cho’s salle
Oz intind un drole dé bruit
Chu reut d’él ville i détale !
Sin camarade i llé suit.

Pu d’potin. Vite, o s’défile.
Reuts in campagne aussitot.
« Rvénons, qu’i dit ch’reut d’él ville
Finir mingeu no fricot.

- Non point, qu’i dit ch’reut d’campagne,
Dmain vneu mingeu à m’maison,
O n’y buvrons point d’champagne,
Mais du boin cite à foéson.

I n’vareu seurmint pérsonne,
Conme ichi no déringeu.
Oz érons tout l’temps d’mingeu,
J’n’ércheus jamoais du grand monne. »


Armel DEPOILLY (1983)

5. Fénelon

Fénelon (1651-1715) a peu d’attaches avec le domaine linguistique picard, si ce n’est qu’il fut archevêque de Cambrai, où il mourut. Il fut précepteur du duc de Bourgogne, petit-fils du roi de France. Pour mener à bien sa mission, il a notamment composé trente-trois fables, toutes en prose. Certaines d’entre elles ont été transposées en picard. Je m’y suis parfois employé en tâchant de glisser dans le propos, comme ici, quelques aphorismes picards connus…

Chol mouque à mié pi chol mouque vérde (fable 30)

Un bieu jour, éne mouque à mié al avise éne mouque vérde qu’al veuse au preu d’és catoére. « Quoé qu’tu brasses pèr ichi ? qu’a li déclaque plein volèe. Ch’est bien t’plache, meudi bétail, d’évnir réspirer mn’air au mitan d’nous eutes chés princesses éd chés cortis.
- J’én té démins point, qu’al li rintinque chol mouque vérde, sans s’émuvoér. Est vrai qu’j’én pinsoais point à tout o in longeant vo poéyi d’tigneuses.
- I n’y o point parsonne éd pu posè qu’nous eutes, qu’al érprind chol mouque à mié. Oz ons nos loès pour qu’o vivonche din no sociétè d’éne vie égale et pi sans ébroussures. O n’pétchons no néctar éq din chés boutchets à sint-boin. Pi aveuc li, o raffinons du boin mié bien ragoutant, qu’il o l’gout d’trop peu pour chés béc-fins… Tire tt’ éd lo ! racaille. J’én veux pu t’vir ! Tu passe tin temps à noz échouir in bzonnant au dsu chés monts d’fien. Trache à croutes, mouque à brin ! - O foaisons d’no miu aveuc éch qu’oz ons, qu’al li rinfique chol mouque vérde. O sonme la misére toute piéte, mais o nin sonme point l’cause. O n’l’ons point coésie. « Pauvértè n’est point viche », « él crotte d’un tchien ch’est point éne seucisse ». Attendi qu’voz importémint ch’est un rude viche, li ! O fabritchez du mié qu’il est douche conme éne tchulotte d’évlours… mais à l’arbout oz éte des sans tchœur. O pinsez pétète à toute din vos loés, mais o vo mettez in castafiole pour éne méchante bérluque d’érien. O n’usez vo furie qu’à l’inconte dé zz’eutes. À coup d’bétchillons o no pitchez, mais o nin quérvez d’éch traitemint lo. « Quante o raque in l’air a rtombe su sin neu ». I n’y o vraimint point d’quoé s’glorifier aveuc tant d’imblèe ! O n’sonme point des pu pires in étant qualiteuses pi sans cérémonie. » « Bieutè sans boénetè, ch’est dol leumiére sans clèrtè. »


Jean-Luc VIGNEUX (2006)

6. Florian

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794) a des liens avec la Picardie, notamment le Ponthieu. Il aurait d’ailleurs écrit un grand nombre de ses cent dix fables quand il était hébergé au château de Brailly-Cornehotte.
Certains Picardisants se sont employés à transposer quelques-uns de ses apologues. À Fressenneville, c’est le cas de Paul Buiret. Membre de la F.N.A.T.H. (Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés), il en distribuait l’almanach annuel qui contenait la fable de Florian « L’aveugle et le paralytique ». C’est naturellement qu’il en fit une adaptation en picard pour la section locale du Vimeu.
Se plaçant lui aussi dans la tradition de la filiation entre auteurs et cultures, Florian attribue la paternité de l’apologue à Confucius. L’introduction présente le texte comme un enseignement adressé « aux peuples de la Chine ». Paul Buiret n’a pas repris cet avant-propos, mais il a transposé la situation dès le premier vers avec ces simples mots : « Din l’poéyi d’Mao (…) ».

Chl’avugue pi chl’afligè (L. I, 20)

Din l’poéyi d’Mao, leu qu’éch solé i s’léve Y avouot deux paurs lazéres :
L’un qu’i n’avanchouot point,
L’eute qu’i n’voéyouot point clair.
I dmandoai’t à leu Diu éd racourchir leu vie ;
Mais leus cris - qué pitiè ! - n’étoai’t point intindus.
Chu paur paralysè, coutchè dsu eune pénèe,
Tout au mitan d’cho’p plache, étindu, quérvouot d’meu
D’én point t-éte acoutè, chint fouos pu malheureux !
Chl’avugue, éd sin cotè, tout aussi mal loti,
I vivouot sans éyude, sans meume un paur étchien
Capabe d’él coateu pi d’i ouvrir sin cmin.

Attirè pèr ses cris, vleu ti point qu’un bieu jour
No martyr à tatons, juste à ch’tornant d’eune rue,
I s’értrouve neu à neu, tout preu d’échl écrampi.
I nn’est tout rtornè.

Pi, conme i n’y eu point miu qu’deux paurs miséres
Pour leu comprénne et pi leu plainne :
- J’ai mes meux, qu’i dit l’un, pi oz aveu les votes ;
Partageons zzés, min frére, i sront pu surportabes.
- Mais, qu’i répond chl’écrampi, o saveu bien, min frére,
Qu’o n’poveu point ouvrir vos zius,
Pi qu’j’én peux mie m’déhampineu.
À quoè qu’o voleu qu’a rsanne
Qu’o vivonche touté deux insanne ?
- À quoè ? Mais sié, qu’i rintinque échl avugue :
J’ai des gambes et pi vous des zius.
O montreu su min dos,
Vos zius i conduiront mes peus,
Pi mes gambes, à leu tour, z’iront leu qu’o voreu.
- Éj voès qu’d’éch sin leu, sans qu’i y euche intré nous
Janmoais d’houille,
Oz avanchreu pour mi. Mi j’érbèrai pour vous !


Paul BUIRET (1980)


7. Sources personnelles d’inspiration

La sagesse des contes africains a imprégné quelques auteurs. C’est le cas d’Edwige Fontaine (de Nibas) l’actuelle présidente des Picardisants du Ponthieu et du Vimeu. On retrouve cette philosophie dans sa fable en prose « Eune histoére éd guérnouille »


Eune histoére éd guérnouille

Un coup, chés guérnouilles éd Picardie il avoait’té yeu idèe d’leu nn’alleu à Pèris pi d’foaire eune course pour monteu tout in heut d’cho’t tour Eiffel. Tous chés gins il avoai’t tè avértis, pi iz étoait’té leu à attinde : i y avouot un monne du diabe, chés jornals et pi toute. Chatchun i pinsouot in li meume : « Des guérnouilles in heut d’cho’t tour Eiffel, a n’est mie possibe ! I n’peut’té mie y arriveu ! »
Cho’c course al écminche. Chés guérnouilles i leu mett’t à seutir d’eune poutrelle in fér à l’eute, pi chés gins i cminch’t à crieu : « Bè bien à tchère !… Ch’’est mie l’peinne, oz alleu vo fracasseu à terre. O n’poreu mie seutir conme eu toute in heut ! »
Chés paures guérnouilles i peinnoai’t. Pi à forché d’intinne chés gins crieu : « O n’y arrivreu point ! A n’est mie possibe ! », i cminchoai’t à éte ténèes… Eune, pi trouos, pi chonq… i sé sont mis à rdéchinne édvant meume d’avoér tè à chu premieu étage…
« Ch’est mie l’peinne ! qu’i crioai’t chés gins in bos. Oz alleu voz équérbouilleu conme des quérpettes ! » Quiques eunes il ont qua meume trachè à grimpeu, mais fil à mzure, arrivèes à chu deuxiéme étage, iz imbandonnoait’t l’eune apreu l’eute…
Mais… i ny éne eu eune qu’al continuouot à monteu, monteu, tout in seutant aveuc ses pieutés pattes. « Rbèe chtelle-leu ! qu’i disoait’té chés gins in bos. Ché nn’est eune qu’al est à mitan folle ! Béyeu mmé eu ! Manman ! Al s’in va tchère. Jé nn’ai du meu à m’panche d’él vir ! Arréte, paur misére ! Déchinds, piqu’tu n’peux point y arriveu ! »

Sié, no guérnouille al y étouot quasimint. Coér un piot coup aveuc ses pattes, et pi al y étouot, cho’r rainne al étouot tout in heut d’cho’t tour Eiffel ! A s’a assis dsu cho’b bordure, al o rbéyè un piot momint tous chés lumignons pi tous chés autos qu’i vionnoait’té conme des mouques, pi al o cminchè à rdéchinne.
Arrivèe in bos, chés eutes guérnouilles, chés gins, chés jornals, pi meume la télé i i ont nmandè cmint qu’al avouot foait pour n-nin vnir à bout, si al s’avouot prépérèe, si al avouot prins un molé d’E.P.O., o bien eune boéne rasade éd goutte édvant ?… Supér-Guérnouille a n’répondouot point. Pour cœuse, al étouot sourdé conme un pot !

Moralitè : si oz aveu eune idèe din vo caouéte, si o réveu d’foaire quite chose éd point ordinaire, foaiseu conme no guérnouille : fucheu sourde, pour én point intinne tous ceusses qu’il ont pèrdu dvant d’écmincheu.


Edwige FONTAINE (2003)


Certains Picardisants, et non des moindres, ont aussi joué avec les vers de La Fontaine pour les détourner de leur vocation initiale.
Eugène Chivot, ancien membre titulaire de la Société, d’Émulation d’Abbeville a utilisé certains personnages comme la cigale et la fourmi, pour les replacer dans notre période moderne. S’ils ont appris le picard de Buigny-lès-Gamaches, les descendants ont aussi retenu la leçon entendue par leurs ancêtres. Mais chez Eugène Chivot le déroulement de la fable picarde échappe au canevas originel. Les références s’entrecroisent pour le plaisir du lecteur ou de l’auditeur. Faute de cigale en Picardie, c’est donc un « magneu vért » (une sauterelle) qui fait office d’interlocuteur au « fromion » (la fourmi).

Vous pouvez lire (en picard ou en français) et écouter Chu magneu vért pi chu fromion dit par l’auteur


Charles Lecat, originaire de Woignarue, s’est amusé à inverser le sens des morales des fables les plus connues de La Fontaine. À la manière du conteur, il interpellait des personnes présentes parmi le public pour glisser leurs noms dans le cours de sa narration. Chaque lecture devenait donc une variante de la précédente. Voici une de ses versions de la fable « Le loup et le chien », retranscrite d’après l’enregistrement que vous pouvez écouter ici. La prose a évidemment pris le pas sur la versification.

Chu tchien pi chu leu (L. I, 5)
Fabe échtchintèe pèr Tchot Jean d’Catiau-Thierry i y a troés chints ans,
échtchintèe coér un coup pèr Tchot Jules éd Wathiéhurt i y a troés quate ans
pi raringèe pèr Tchot Charles éd Wégnérue hiér au soér.

Un coup conme o, y avoait un leu. Un paur leu tout déflantchè, dématchoérè, maigue conme un chint d’cleus, sé conme un reillot. Ses os il étchipoait’t ses hanques ; ses cotes, oz éroait dit des chècs d’un béri au cite éclit ; sin poille il étoait pu héru qu’inne bruche, inne bruche éd poille-dé-tchien. Quiqu’un qu’il éroait soufflè dsu, i ll’éroait trondlè, bien seur, télmint qu’il étoait débistraque, minguérlet, minabe, et pi langreux. Un paur leu qu’éj vo dis, un leu "sous-alimintè" conme oz éroait dit innhui…
Él dèrin coup qu’il avoait foait un boin rpos, ch’étoait aveuc échl égnau « qui se désaltérait dans le courant d’une onde pure ». O voéyez qu’il avoait yeu l’temps dé l’digérer ! Ch’est qu’chu ravitaillemint i cminchoait à t-éte pénibe pour chés leus : chés bértchers il avoait’t tortous des gros tchiens bien norris, quasimint aussi maouais qu’des leus ; tous chés gins qu’il avoait’t des glainnes i freumoait’t leus pouillers au kérno ; chés liéves il avoait’t do’m minimatose, pi chés lapins d’garenne, eux, il avoait’t do’m maximatose !

Éch coup au matin lo… tout au matin… intré tchien pi leu, él note éd leu i s’rin alloait s’érlancher din sin treu, bérdouille, és panche vide, coér un coup, vide conme él grosse tchaisse éd no Fanfare Municipale. Il avoait vérdansè tout s’nuit, trachè din chés bos, din chés camps. É-rien, é-rién à pèrt inne quérminne cornaille pi inne coupe éd calimichons… qu’est à peinne mingeabe, pour un leu… conme o l’savez tortous.
I s’ratrinoait don tout pian-pian, cho’p paure béte, in caliochant su ses pattes… pi vlo ti point qu’édvant li, il apércheut un tchien. Oui, mais point un piot tchien d’rintiére à peumes tchuites. Un tchien quasimint aussi heut qu’un boédet, cros conme un moéne, aveuc du poille bien rase et pi bien milant, un tchien qu’il avoait l’air d’éte fort conme un Turc, si ch’est point conme deux Turcs (oz est fort, pèr lo, édmandez à Gégéne, i nin rvient). Est apétichant, un tchien conme o, pour un leu qu’il aglave. Portant, l’note éd leu i n’sé sintoait point l’forche d’étranner un péreil bétail. « Cha n’sroait point li ! Cha sroait mi, qu’éj sroais trondlè ! » qu’i s’disoait in li meume. Ch’est pour o qu’il li a foait l’biaubiau, à chu tchien, in s’assiyant su sin tchu, pi in li disant tout duchmint :
« Bonjour, Cousin !
- À ti tou, qu’i foait l’aute, d’un air déméfiant.
- Tu t’prouménes, Cousin ?
- Oui, jé m’prouméne… Jé m’prouméne pour éq min souper i passe. Hiér au vrépe j’ai d’trop matchè…
- Pi mi, j’n’ai point matchè asseu, meume point inne flépe… J’aglave… Mes boéyaux i bérloq’t ! J’ai inne faim d’leu. (Lo, chu leu i s’a radouchi).
- To qu’ch’est o, viens aveuc mi… Mi, jé nn’ai tamp et pi coér, do’m maquerie ! Éj nin tchitte à chés glainnes. (O voéyez qu’ch’étoait un boin fiu, chu tchien lo).
- Si j’m’in vos aveuc ti, j’érai ti à matcher… à chaque coup qu’j’érai faim ?
- Bien seur ! À tous coups ! T’éras des boénes patèes tous les jours au soér…
- Ah ! Pi quoi qu’i fauro qu’éj foaiche ?
- T’iros à glainnes din ch’guérdin ; tu djeulros aprés chés rouleus ; tu dépénailleros chés voleus ; tu léqueros les ortlets d’no moaite…
- Hum, hum ! ch’est toute ?
- Bè oui, ch’est toute !
- Bè… i n’peut qu’mantcher, j’aglave télmint qu’éj m’in vos aveuc ti ! »
Zzés vlo partis touté deux insanne. Mais in route, chu leu i dit à chu tchien :
« Mais cmint qu’a s’foait… cmint qu’a s’foait qu’i manque du poille à tin co ?
- Ch’est rien, o ! Ch’est min coyer.
- Hein, tin coyer ? O t’attaque ?
- Bien sur, qu’o m’attaque.
- Bè si ch’est o, adè !
- Adè ! Mais t’y quérvros d’faim, din tin bos. Pi a sra bien foait pour ti ! »

Ch’est à partir dé ch’momint lo éq Tchot Charles éd Wégnérue i n’est pu d’accord du tout du tout aveuc Tchot Jean d’Catiau-Thierry pi aveuc Tchot Jules éd chés Bassures. Tchot Jean pi Tchot Jules il ont volu touté deux vo foaire accroére éq chu leu i s’avoait rin-nallè din sin treu putot qu’d’avoér un coyer à sin co. Ch’est des minteus ! Mi, j’m’in vos vo dire quoi qu’i nn’a étè.
Chu leu il a sui chu tchien. Il a létchè les ortlets d’sin moaite, mais ses boéyaux i n’ont pu janmoais guérdouillè. I n’a pu peu aller vérdanser din chés bos, mais il a dévnu panchus conme un quatré-vingts véltes. Il a yeu un coyer autour éd sin co, mais il a yeu étou des boénes patèes à métte éddin, sin co, au matin pi soér. Meume éq sin poille il a vnu bien milant, pi qu’il a trouvè à s’mérier, aveuc inne é-tchienne ! Il a tè heureux, pi il a yeu gramint d’éfants. Des tchiens-leus, naturélmint !

Moralitè : Libèrtè a n’vaut point boénes patèes !


Charles LECAT


La création originale de fables en picard est un exercice qui semble moins fréquent que la traduction. Il est cependant facile de trouver quelques dizaines d’auteurs qui s’y sont essayé.
Voici une fable brève, signée de Pierre Deglicourt (de Woignarue). Elle s’intitule simplement « Fabe » (fable publiée dans Ch’Lanchron n° 105-106).

Fabe

À Minton,
Dsu chés bancs
Au solé, au mitan d’cho’p plache,
Ch’est à none,
Vlo qu’i s’rafor’té chés proumneux…
Chés tourisses
À sandviches.

Tout leu juant,
I plot’t, à mzure, tchèques morcieux d’pain
À inne neuèe d’pingeons voraces
Qu’i s’batt’t pour avinne éch pu bieu.
Si djeulus,
Qu’i nn’éfoaill’té deux paurs moénieux
Qu’d’inne frouette dérouflèe i sroait’té
Fin contints…
Mais, peureux,
Z’attinn’t qué zz’eutes i fuch’té ronds…

I nn’est d’chés bétes conme éd chés gins :
Chtilo il inforne à lurlure,
L’eute i plucsine chés ramassures !…


Pierre DEGLICOURT (1986)



Dans le cas de créations personnelles, la morale s’appuie fréquemment sur une expression picarde ou un dicton picard déjà connu.
Jacques Dulphy (originaire de Bourseville) a donné une bonne dizaine de fables dans ce registre. Voici en octosyllabes la fable des deux jeunes coqs, écrite en 1977. La scène se déroule dans le Vimeu, et les références à l’histoire locale (la bataille de Saucourt, en 881) ne manquent pas pour étayer le propos.
Chés deux coclets


En conclusion de cette promenade dans ce monde « fabuleux » je voudrais mentionner les noms des Picardisants originaires du Ponthieu et du Vimeu qui, à ma connaissance, ont posé leurs mots picards dans une ou plusieurs fables. La liste est probablement incomplète, la plupart des textes n’étant pas réunis dans une publication. De surcroît, la création en picard est en perpétuel mouvement. Je ne doute pas que d’autres apologues picards viendront allonger cet essai d’inventaire.

Vingt-trois auteurs de fables en picard en Ponthieu et en Vimeu

Le nom de l’auteur est suivi du nom de sa commune d’origine mis entre parenthèses, puis entre crochets du style de fables dont il s’est inspiré, qu’il a traduit, ou qu’il a composé. La liste ne saurait être exhaustive.

Abréviations utilisées dans ce paragraphe :
[Co] Confucius - [És] Ésope - [fa] fabliau - [Fé] Fénelon - [Fl] Claris de Florian - [Ga] Antoine Galland - [LF] Jean de La Fontaine - [Pers] Création personnelle - [Ph] Phèdre - [Ra] François Rabelais.

Jean Bellard (Long) [LF]
Paul Buiret (Fressenneville) [Fl],
Eugène Chivot (Buigny-lès-Gamaches) [Co] [Pers]
Pierre Deglicourt (Woignarue) [Pers]
Armel Depoilly (Dargnies) [LF]
Jules Dufrêne (Wathiéhurt) [LF]
Jacques Dulphy (Bourseville) [Pers]
Roland Dumont (Hallencourt) [Pers]
Edwige Fontaine (Nibas) [Pers]
Sylvie Forestier (Boismont) [LF]
André Guerville (Feuquières-en-Vimeu) [LF] [Pers]
Jacques Guignet (Mers) [Pers]
Charles-Henri Guidon (Allery) [Pers]
Charles Lecat (Woignarue) [LF]
Jean Leclercq (Bienfay-Moyenneville) [LF] [Pers]
Élisabeth Manier (Escarbotin) [LF]
Gilbert Mercher (Gamaches) [Ph]
Jeanne Platel (Feuquières-en-Vimeu) [LF]
François Saint-Germain (80, Fressenneville) [LF]
Jean-Mary Thomas (Woignarue. 80) [LF]
Gaston Vasseur (Nibas) [fa][LF]
Jehan Vasseur (Nibas) [Pers]
Jean-Luc Vigneux (Abbeville) [És] [Fé] [Fl] [Ga] [LF] [Pers] [Ra].

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Dernière mise à jour :
9-02-2015
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