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Le picard : « constater, agir, déculpabiliser, transmettre » »
Communication de Jean-Luc Vigneux (rédacteur en chef de « Ch’Lanchron »)
lors de la séance plénière des « Deuxièmes journées inter-régionales du picard »
(Conseil régional de Picardie, Amiens, le 6 octobre 2006)

En vain pendant 20 ans

Tout d’abord initié par l’équipe de « Ch’Lanchron », le doublage des panneaux d’entrée de commune en picard était devenu une réalité vers 1983-84 quand une soixantaine de panneaux « non officiels » avaient poussé en toute liberté le long des routes du département de la Somme. Une officialisation de cet affichage avait été sollicitée ensuite aux élus départementaux. En vain pendant vingt ans
Depuis janvier 2010, le Conseil général de la Somme a mené plusieurs opérations de doublage des panneaux d’entrée de commune en picard sur les routes relevant de sa compétence.
La même année, « Ch’Lanchron » réalise et publie la liste de tous les noms picards des communes de la Somme (lire « Ch’Lanchron » n°117-118 et à consulter maintenant sur lanchron.fr).
« Le cycle des 8 lieux »

À la rentrée scolaire de septembre 1982, huit établissements scolaires (écoles ou collèges) des trois départements de l’Académie d’Amiens ont bénéficié d’interventions pédagogiques en picard. Une convention (sans précédent en Picardie) venait d’être signée entre le Rectorat et la Direction régionale des Affaires culturelles pour permettre le finacement des animations.
Une progression pédagogique aliant découverte et pratique de la langue, initiation à la culture et aux sport régionaux était proposée à huit sites « pilotes » par quatre, puis cinq, intervenants issus du monde associatif ou culturel picard.

Cette convention était le fruit d’une année d’enquête et de pétition menées auprès des enseignants de la Somme par le Pr Jacques Darras (alors doyen de la faculté de Lettres de l’Université de Picardie).
L’action fut reconduite pendant deux années scolaires, par avenant à la convention. Deux stages pédagogiques, ouverts à tous les enseignants (de la Maternelle à la Terminale), ont parallèlement été organisés, dans le but de pérenniser et développer cet embryon d’enseignement du picard.
À partir de 1985, un désengagement des partenaires a mis un terme à ce qui devint ainsi la seule expérience officielle d’enseignement du picard. Plus tard (à la fin des années 1990), d’autres stages de formation des maîtres furent organisés. De nombreux enseignants ont aussi poursuivi, une initiation au picard, le plus souvent sous forme de clubs, basée sur le volontariat des élèves..
Des Picardisants à l’honneur chez eux

En 2011, « Ch’Lanchron » a permis la mise en ligne du « dictionnaire inédit » d’Henry Carnoy

Dans le Vimeu, après le collège « Gaston-Vasseur » (à Feuquières-en-Vimeu), la salle « Charles-Lecat » (à Woignarue), la rue « Marius-Touron » et la rue « Gaston-Vasseur » (toutes deux à Nibas), la salle « Jules-Dufrène » (à Arrest), la bibliothèque (en 1996) ou la place (en 2011) « Eugène-Chivot » (à Buigny-lès-Gamaches), la commune de Dargnies, les Picardisants du Ponthieu et du Vimeu, « Ch’Lanchron » et la population de Dargnies ont rendu hommage à Armel Depoilly, l’enfant du pays, en septembre 2008.

Le jour de la sortie des « Contes d’éch Tchottain » la commune de Brouchy (Santerre) change défintivement le nom de la place du village. Depuis octobre 2009, tout le monde dit « L’plache d’éch Tchottain », selon le pseudonyme adopté par Victorin Poiteux pour signer ses histoires, contes, fables ou poèmes picards.
Thierry Bonté (modérateur) : Le picard, « constater, agir, déculpabiliser, transmettre » ». Tout un programme pour Jean-Luc Vigneux qui participe depuis longtemps à la revue Ch’Lanchron, qui est auteur, qui est chanteur, qui chronique évidement dans sa revue, qui est traducteur avec Alain Dawson et Jacques Dulphy, d’un album d’Astérix « Astérix i rinte à l’école », et puis je crois aussi, qui vient de traduire l’album de Tintin : « L’étoile mystérieuse ».
Jean-Luc Vigneux : Comme Thierry Bonté vient de le dire, il est vrai que j’ai une palette d’activités picardisantes. J’ai aussi celle d’enseignant de littérature picarde contemporaine sous le contrôle de Jean-Michel Éloy à l’Université de Picardie pour un certain nombre d’étudiants.

Du constat à l’action
Dans cette communication, je vais commencer par quelques constats pour en arriver à l’action. Les constats ne sont pas tristes. Mais ils ne sont pas toujours gais non plus. Bien sûr, il existe des choses qui « font voir » le picard, qui le font valoir. Mais il existe aussi des choses qui disparaissent. Je prends trois dates très récentes, pour donner quelques chiffres et des repères.
Fin 2004, disparition de la revue poétique amiénoise « Le jardin ouvrier », revue qui publiait entre autres, du picard.
Juin 2005 : dernier numéro du bulletin trimestriel de la « Linguistique picarde ». Ce bulletin, qui existait depuis le début des années 1960, disparaît. C’était une revue scientifique, ou qui se voulait telle par ses fondateurs. Après quarante ans d’existence, nous n’avons plus de support qui puisse diffuser le picard dans ses aspects linguistiques…

Thierry Bonté : Ce bulletin était édité par une association ?
Jean-Luc Vigneux : Oui, par la Société de Linguistique picarde hébergée ici à Amiens, au musée de Picardie. Mais il rayonnait sur l’ensemble du domaine picard, bien entendu. Et puis troisième date, tout récemment (je vais l’apprendre à beaucoup de personnes présentes), début septembre 2006, ce fut la publication du 61ème et dernier numéro de la revue trimestrielle « Vints d’Artois », publiée à Bruay-la-Buissière. Robert Mille en était le principal animateur. Robert Mille vieillissant se voit contraint à arrêter la publication de « Vints d’Artois ». Par manque d’abonnés, certes, mais surtout, précise-t-il dans un courrier qui est glissé dans ce dernier numéro, par manque de cette transmission entre les générations. Il constate une rupture de génération qui lui fait prendre cette décision.
Voilà des choses qui disparaissent, et qui sont autant de lieux et de supports de véracité de la langue. Dans une revue comme « Vints d’Artois », dans la « Linguistique picarde », ou dans « Le Jardin ouvrier » de nombreux auteurs, qu’on ne lisait pas ailleurs, qu’ils soient auteurs de travaux, de recherches, de textes, de bandes dessinées, ou d’autres formes d’expression littéraire, apportaient leur picard, avec leur variété locale, dans leur graphie locale aussi (ce qui permet souvent de bien situer les gens : on connaît à la fois leur histoire géographique et familiale à travers la graphie).

Un autre type de constat, c’est la multiplication — sans en faire une généralité — de textes picards « approximatifs ». Pourtant, nous avons une description de la langue picarde particulièrement abondante (des centaines de lexiques, de glossaires, de dictionnaires), des grammaires, une syntaxe qui est décrite, des ouvrages scientifiques, et même des méthodes maintenant, depuis la méthode « Omnivox » de René Debrie jusqu’aux fascicules « Assimil » d’Alain Dawson… Nous avons donc des outils, mais ils sont méconnus. Et on lit fréquemment des textes écrits avec un picard que j’appelle « approximatif » pour ne fâcher personne. C’est à dire qu’il y a du picard dedans, mais pas uniquement. la grammaire ou la syntaxe qui ne sont pas respectées : on rencontre des hyperpicardismes, dont le pire étant peut-être « pitchard » en place de tout simplement « picard » !

Thierry Bonté : Mettre des « che » partout, en somme ?
Jean-Luc Vigneux : C’est cela. On voit ainsi apparaître un certain nombre de publications de ce type. La plus récente a fait bondir beaucoup de gens. C’est une traduction (si on peut encore employer ce mot-là), je dirais plutôt une transformation, d’un album de Lucky Luke dans une variété de « chtimi rouchi » qui n’existe que dans cet album-là, et qui n’est donc accessible à aucun lecteur. Elle a pourtant été signée d’un descendant de Jules Mousseron, qui se prévaut de la langue de son aïeul. Ce sont des publications choquantes, qui accrochent l’œil et l’oreille.
Je vais prendre un exemple amiénois, exemple qui n’est pas récent, pour montrer que ça n’est pas non plus un phénomène moderne, au sens des premières années du XXIème siècle. Il y a une petite vingtaine d’années, à Amiens, deux auteurs de théâtre en français, de qualité, des créateurs qui ont bien travaillé, Dominique Durvin et Hélène Prévot, avaient commis une pièce qui s’appelle « Le lavoir ». La scène se passe à Amiens, le jour de la déclaration de guerre en 1914. Des femmes de Saint-Leu parlent français, mais le texte est émaillé de formes picardes. Le texte en a été édité et réédité, et il est présenté avec un petit lexique. Je ne m’attaque pas du tout au texte, j’ai trouvé cette pièce absolument superbe. Dans le lexique de la page 8, il y a six lignes, où l’on prétend que « éch » ou « euch » est un article défini contracté mis pour « du » ou « de la ». Or il se trouve que ni « éch » ni « euch » ne veulent dire ni « du » ni « de la ». Ce n’sont pas des articles définis contractés. C’est « le » qui n’est rien dire d’autre que l’article masculin. J’insiste ici sur le manque de connaissance, car quand cette pièce a été publiée, les outils existaient déjà. Quand on voit la pièce, quand on est Picard natif, quand on a un tant soit peu de picard dans les oreilles, on accroche, ça n’est pas fluide.


Un autre constat, ce sera le dernier, n’est pas le moindre. C’est le constat que dans notre population, parmi nos concitoyens, bon nombre de personnes sont humiliées quand elles parlent picard. Elles sont culpabilisées. Quand quelqu’un autour de moi (je suis Abbevillois) dit : « Je m’en vais à Flichcourt au mois d’séctembe et pi j’n’en prendrai avec moi », il a fait trois, quatre, cinq, ou huit fautes de français… Mais en fait il a parlé picard sans le savoir. Il a mal parlé français, il a aussi mal parlé picard pour le coup. « Flichcourt » c’est « Flixecourt ». Le « mois d’séctembe » ça hérisse le poil ceux qui ironiseront en disant : « voilà quelqu’un qui parle mal, socialement il n’est pas de ma classe, je ne veux pas causer avec lui ». Enfin, « j’n’en prendrai »… alors là vous vous rendez compte à quel point on en est arrivé ! Si de surcroît il part en disant « adè ! », alors là on est au comble des marqueurs linguistiques.
L’artiste et chanteur picard belge Jean-Pierre Dusoulier était en résidence artistique cet été sur la Côte picarde. Il a demandé si on disait encore « adè » à des consommateurs dans un bistrot de Friville-Escarbotin,. On est dans le Vimeu où tout le monde dit « adè » sans le moindre complexe. Mais la réponse fut : « Oh la la ! si on dit adè ? Non, non, non ! C’est quelqu’un qu’i n’est pas d’ici ! »… C’est quand même assez aberrant. Pourtant tout le monde dit « adè » ! Je travaille à l’hôpital de Saint-Valery-sur-Somme, et on dit « adè » en permanence dans les services.

Alors il faut agir ! Il est grand temps. On ne va pas s’épuiser comme on a pu le faire avec des interventions en milieu scolaire. Ce fut le cas avec le « Cycle des huit lieux » en 1982-1983. C’est l’époque où nous nous sommes connus les uns les autres… animateurs : Françoise Rose, Laurent Delabie, Jean-Pierre Semblat, Jean-Marie François, et enseignants qui nous accueillaient de leur coté, Michèle Blondel, etc. Nous nous sommes rencontrés dans ces huit lieux de classes primaires et secondaires, répartis dans toute la Picardie. Ce fut aussi une bonne école d’amitié.
Cependant, on ne peut pas n’être que six ou dix à aller en permanence dans toutes les classes de Picardie. C’est matériellement impossible. C’est intellectuellement usant. Il faut aussi se renouveler, tout en disant la même chose. C’est une réelle difficulté.

Quelques propositions à formuler

Ce ne sont pas des solutions, mais des propositions. Je pense qu’il faut avant tout déculpabiliser.
Pour cela, c’est important de rendre le picard visible. Il faut le montrer dans les rues. Le montrer sur des panneaux routiers. Ça se fait presque partout et aussi dans quelques rares communes de Picardie linguistique. Ainsi, au moins, quand on dira « Flichcourt », quand on dira « Adville », quand on dira « Bourq-éd-Eut », ou qu’on dira « Dourlin », on ne passera pas pour un ignare sorti de sa campagne. On passera pour quelqu’un qui parle normalement, pour peu que l’on ait rendu les choses officielles. Mettre en place un plan de signalisation routière (ça ne s’adresse peut-être pas au Conseil régional, peut-être davantage aux Conseils généraux qui ont la responsabilité des routes départementales ?) qui affiche le picard dans les rues, et pourquoi pas trouver une commune pilote qui accepterait, sous forme de volontariat, d’avoir ses noms de rues aussi en picard ?
De même, inciter des collèges, des lycées, des établissements, des bibliothèques à porter le nom d’un auteur picardisant qui a vécu là, ou qui s’est inspiré ici. Penser qu’au pays d’Armel Depoilly (à Dargnies, dans le Vimeu ! on est en train aujourd’hui d’étudier en classe le picard de Comines (Belgique)ce qui n’a rien d’anormal, mais savoir qu’en même temps on n’y étudie pas celui d’Armel Depoilly : c’est un peu bizarre. Il y a une rue Édouard David à Amiens, il y a une statue Carnoy à Warloy-Baillon, ou une d’Hector Crinon à Vraignes… Qu’on continue dans cette lignée-là, pour que les enfants d’une commune puissent un jour ou l’autre, avec leur instituteur, même si c’est en français, parler d’un auteur local.

Qu’on valorise aussi les lieux des écrivains picardisants. Il y a deux ans, il y eut une plaquette qui a été éditée sous l’égide du Conseil régional de Picardie, pour présenter les maisons d’écrivains en Picardie. Très bien La Ferté-Milon, très bien Château-Thierry… Mais quid des auteurs picardisants ? Le seul qui soit mentionné c’est Philéas Lebesgue, et encore ce n’est pas pour son œuvre en picard, qui n’est certes pas la plus abondante, mais qui pourtant existe.
Si nos auteurs picardisants n’y figurent pas, c’est parce qu’ils n’ont pas laissé de maison. C’est parce que ce n’étaient pas tous des enfants de bourgeois, parce qu’ils n’ont pas tous vécu à la ville. Ils ont vécu dans des maisons simples, en torchis, à la campagne. Elles se sont écroulées ou ont été rasées lors de la Première ou de la Deuxième guerre mondiale. Mais il y a d’autres lieux de mémoire… On peut aussi entretenir une tombe, s’il n’y a plus que ça. Mais ça peut être la « Pierre Bise » en forêt d’Eu… Ça peut être un arbre légendaire… un lieu d’inspiration… À Amiens si on prend l’œuvre d’Édouard David, certains de ses personnages vont finir noyés dans le bassin de la Hotoie. On peut imaginer un circuit tracé entre les Hortillonnages et le bassin de la Hotoie autour de l’œuvre d’Édouard David. On pourrait multiplier les exemples.
La prise en compte de nos personnages traditionnels, légendaires, comme Lafleur, Croédur ou bien Florimond Long Minton (je ne reste que dans le département de la Somme) qui sont des personnages qui parlent picard, est nécessaire. Si demain Lafleur parle français, ça me ferait bien plus mal qu’un simple mal au cœur. Ce sont des personnages qui ne se sont jamais exprimés qu’en picard. Il ne suffit pas de mettre un chapeau rouge sur sa tête et d’avoir des maronnes in tréque pour s’appeler Lafleur. Il faut aussi garder sa langue.

Une autre action importante : il y a eu une enquête P.A.P.E (Plan d’Action pour le Patrimoine Écrit) qui a été menée par la Direction du livre sur la numérisation du patrimoine littéraire de Picardie. Les travaux sont rendus. Il faut que ces travaux de numérisation s’adressent aussi au patrimoine en langue picarde. Que ce soit un patrimoine écrit ou un patrimoine audio, il y a des multitudes et des multitudes de trésors dans les bibliothèques privées (qu’elles soient personnelles ou associatives), et dans les bibliothèques publiques… trésors auxquels pas grand monde n’a accès, puisque rarement numérisés.


Sur le plan de la transmission

Il est important de former des formateurs. Notre génération peut transmettre à des formateurs. Il faut mettre en place une formation pour des ceux qui rentrent dans la vie active, entre dix-huit et quarante ans, et qui se destinent à des métiers où le picard à une place.
Dans l’enseignement, évidemment. Mais aussi dans les médias, radios ou télés, pour qu’on sache prononcer les noms de ville avec la prononciation locale et qu’on ne dise pas « Doullanse » pour « Doullens »… Et si on dit « Dourlin » c’est qu’on voudra vraiment parler picard ! Pour qu’on soit capable aussi de faire une critique littéraire d’un ouvrage qui est publié en picard, et qu’on ne fait pas parce qu’on ne sait pas le lire.
Dans le tourisme, les C.P.I.E., le Parc régional qui va se mettre en place… Ces personnes qui vont travailler dans ces structures vont parler un jour des circuits d’chés intailles, du circuit d’chés pailleuses. Ces mots sont picards, ce ne sont pas des mots français ni du français déformé. De temps en temps je reçois des coups de téléphone : « Qu’est-ce que ça veut dire intaille ? Est-ce que c’est un étang ? — Non c’est une tourbière, c’est pas tout à fait la même chose. »
Des formations pour les gens de culture et de spectacle. Je faisais allusion tout à l’heure à des auteurs de théâtre. Ça pourrait aussi être destiné à des conteurs, des chanteurs.
Dans les bibliothèques, les médiathèques, pour les documentalistes… Ce sont des personnes charnière,s ce sont des ressources auxquelles le grand public s’adresse. Nous avons la chance d’avoir des bibliothèques extrêmement riches de Valenciennes jusqu’à Abbeville en passant par Amiens, Saint-Quentin et ailleurs.
Et pourquoi pas aussi pour des personnes comme les Assistantes sociales, pour qu’il n’y ait pas de faux-amis, d’incompréhension ?…
Pourquoi pas aussi des magistrats ? Une anecdote : il est heureux qu’à Abbeville il y ait un avocat qui soit d’origine crotelloise. Parce que certains présidents de tribunaux ne comprennent pas tout ce qui se dit à la barre. Quand on demande à quelqu’un ce qu’il a fait avec ses coques, il se trouve que pour le prévenu, « d’él coque » c’est de la cocaïne, alors que la question est de savoir ce qu’il a fait c’est avec ses « hénons »… parce qu’il a ramassé ses « hénons » en dehors des périodes réservées ou dans des quantités non attribuées. Il est important qu’on continue à savoir ce que c’est que des « hénons », à mon avis.

Je propose qu’il y ait pendant l’année scolaire qui commence, un Comité de pilotage qui réfléchisse très concrètement à toutes les questions qui sont posées lors de cette journée. À savoir « quels picards » (au pluriel, et pas au singulier comme dans l’intitulé), « comment ? » et « qui ? », « vers qui ? » on va travailler. Comment on va trouver des moyens ? Et que ce comité de pilotage se donne cette année, jusqu’au mois de mai environ, pour réaliser un programme qui soit mis en place dans moins d’un an, à la rentrée. Et qu’à partir de là, que la Région, le Rectorat, toutes les institutions qui en ont les moyens, s’engagent pour une période définie. Je la vois nécessaire sur une dizaine d’années, c’est à dire sur un terme relativement long, pour former ne serait-ce qu’une vingtaine de personnes par an pendant dix ans. Ça en ferait deux cents ! Deux cents personnes ayant aujourd’hui une moyenne d’âge de trente ans, ce qui veut signifie que pour les vingt ans qui viennent, elles seront en position de restituer la formation que nous aurions pu leur transmettre.
Éj vos rmèrcie gramint, mes gins.

Thierry Bonté : Merci Jean-Luc Vigneux. Cette conclusion est une interpellation politique forte.
Le picard une langue transmise

Thierry Bonté : Les outils de transmission du picard existent. Je ne dirais pas que c’est une langue normée, mais en tous cas, il y a une syntaxe qui existe, c’est une langue écrite maintenant…
Jean-Luc Vigneux : C’est une langue écrite et décrite. Pas seulement « maintenant », elle est écrite depuis des siècles ! Et beaucoup plus écrite et diffusée depuis l’apparition et la libéralisation (si on peut dire), des journaux au cours du XIXème siècle. C’est manifeste qu’avec l’apparition des journaux, au XIXème siècle, on trouve du picard partout. À commencer par la région Lilloise, avec Jules Watteeuw, Alexandre Desrousseaux… Les premiers journaux picards s’appellent « La brouette » ou « L’vaclette ». Ce sont des journaux lillois ou de la banlieue de Roubaix-Tourcoing aujourd’hui .
Le picard comme mode de vie

Un changement est intervenu dans les années 1970, environ. Ce n’est pas général, mais il se trouve que des gens insérés dans la vie active, se sont intéressés et ont fait du picard un mode de vie.
Prenons l’exemple de Paul Mahieu (disparu en 2005). Paul Mahieu est Tournaisien, après une perte d’emploi, il a été embauché à la Maison de la culture de Tournai où il a monté l’Atelier picard et la Section dialectale. Il avait préalablement commencé dans son coin à écrire en picard dans sa jeunesse. Plus tard, il en fait son métier.
Un certain nombre de personnes « gagnent leur vie », ne serait-ce que partiellement, avec le picard. Ce peut être mon cas quand je donne des cours de picard, par exemple. C’est le cas de Françoise Rose et des marionnettistes, ici comme à Roubaix, qui tirent les ficelles, et qui ont des personnages comme Lafleur qui parlent picard, par exemple.
Des jeunes ont chanté en picard à la fin des années 1970. Restons à Amiens : Marc Monsigny, Patrick Séchet, Philippe Boulfroy… ont pris leurs guitares et se sont mis à chanter quand ils avaient vingt ans.
La génération précédente commençait à exprimer son picard à l’âge de la retraite. C’est le cas d’Armel Depoilly. Né en 1901, il fut instituteur, puis en retraite en 1956. C’est précisément cette année-là qu’il publie ses premiers textes. De même à Amiens, on pensera au cas de Michel Fouquet, Ch’maristér éd Toutinlon. On pourra évoquer la plupart de ceux qui ont composé le groupe de Chés Diseux d’Achteure, aussi. Comme Tchotchotte d’él Tcheue d’vaque, Marie-Madeleine Duquef qui était professeur de sport. Pendant toute son activité, elle n’a pas produit de picard. C’est à la retraite qu’elle s’est mise au picard, et alors elle a publié un excellent « Amassoir » de ses mots de picard à elle, de sa rue du quartier Saint-Leu.
Thierry Bonté: Réédité aux éditions du Labyrinthe, un ouvrage assez étonnant !
Jean-Luc Vigneux : Moi-même, Jacques Dulphy, Alain Dawson, et bien d’autres, nous nous sommes mis au picard à l’âge de 15, 20 ans. Maintenant, nous avons acquis trente-cinq à quarante ans d’expérience. Nous bénéficions de l’expérience et du contrôle de nos aînés. Nous avons leur oreille qui nous écoute, leur regard qui se pose sur nous. On ne peut pas dire n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où. Des oreilles nous contrôlent, nous guident, nous conseillent : on ne se fait pas taper sur les doigts, non plus. Mais si ce n’est pas du vrai picard « a n’passe point ! »

On rencontre désormais des personnes comme nous (et la plupart de ceux qui militent pour le picard depuis une trentaine d’années) qui sont relativement jeunes encore. Nous avons entendu le picard dans la cour d’école, chez les grands-parents,ç’a été dit de nombreuses fois. De plus, nous sommes des polyvalents. Si je faisais allusion tout à l’heure à Paul Mahieu, c’est que Paul a travaillé aussi bien vers le théâtre que pour promouvoir la chanson, faire de l’édition linguistique que produire de la poésie et toute forme de littérature, parler de botanique ou des dictons, animer des soirées ou créer du théâtre, et faire, et faire et encore faire !… Comme nombre d’entre nous le font aussi. Sans qu’il y ait eu de rupture entre les générations.

La génération importante, dite du « papy-boom » a entendu le picard. Elle le possède naturellement, elle pense en picard. Ce n’est certainement pas le cas de certaines personnes qui prétendent « traduire » Lucky Luke. Ceux-là (comme Alain Dawson l’avait dit dans la critique de leur livre) n’en ont pas bénéficié. Ils ne sont hélas pas allés vers les anciens, et ils n’ont pas cherché à bénéficier de leurs travaux, ils n’ont pas recherché le contact. Ils ont fait un travail isolé qui aboutit à des incongruités linguistiques.
Archives et réflexions : les autres articles à lire sur lanchron.fr

Depuis 1980, Ch’Lanchron a produit diverses réflexions sur la langue picarde et son expression littéraire contemporaine. Ces travaux ont été rédigés à l’occasion de rencontres entre Picardisants, lors d’interventions auprès de lycéens ou d’étudiants, ou encore pour des communications données dans des colloques universitaires ou lors de journées d’études ou d’échanges. Ils ont pu être publiés ponctuellement dans la presse, mais sont le plus souvent restés inédits.
Nous avons ressorti ces documents de nos cartons d’archives. Nous les livrons à nouveau au public sur lanchron.fr.
Ces différentes informations sont assurément marquées par l’époque où elles ont été réalisées. Malgré une approche parfois partielle ou incomplète, il nous semble que ces textes (qui jalonnent plus de trente années d’activités associatives) éclairent encore l’actualité du picard. Nous soumettons ces « archives » à « votre réflexion ».

Contribution aux « Assises régionales de la recherche et de la technologie en Picardie » (communication d’octobre 1981)
« Chés quate écmins » : conversation avec Paul Mahieu (rencontre en juillet 1982)
Le dialecte aujourd’hui (en collaboration avec la Maison de la Culture de Tournai) (document de 1984)
Que peut attendre le picard de la décision du Conseil des Ministres du 7 août 1985 ? (article de presse d’août 1985)
« Grands Dossiers de Picardie » : le patrimoine linguistique de Picardie (communication d’octobre 1985)
D.R.A.V.I.E.  PICARD : dossier pour le Conseil régional de Picardie (document présenté en novembre 1996)
Existe-t-il une littérature picarde ? (conversation d’avril 1997)
La vitalité du picard (article de 1997)
La langue picarde après un an de présence sur le réseau Internet (intervention au colloque de Marcinelles, septembre 1997)
Y-aurait-il eu un déclin du picard au XIXème siècle ? (entretien réalisé au printemps 2005)
Le picard : « constater, agir, déculpabiliser, transmettre » (communication d’octobre 2006)
La diffusion d’ouvrages en picard : quelle volonté politique ? quelle critique littéraire ? Première partie(16 minutes) Seconde partie (15 minutes) (intervention lors des « Troisièmes journées inter-régionales du picard », Tournai, décembre 2007)

Dernière mise à jour :
12-04-2013
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